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La luzerne, herbe de vie pour les plus démunis ?
 

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"Une immense majorité de Français ignore presque tout des étonnantes vertus d'un extrait de luzerne produit pourtant dans l'Hexagone. Mais, au Nicaragua, des femmes et des enfants victimes de malnutrition ont retrouvé force et santé grâce à cette herbe miracle que Luci leur a apportée.

Modesta Sanchez a cinquante-cinq ans et elle est haute comme trois pommes. Ça doit être génétique car sa mère, Guadalupe (soixante-seize ans), monte encore moins haut. Mais c'est aussi une question de nutrition. Modesta est nicaraguayenne. Du département de Nueva Segovia au nord, sur la frontière du Honduras, la région qui a non seulement le plus souffert de l'ouragan Mich mais qui est aussi la plus pauvre de ce pays, lui-même le deuxième pays le plus pauvre d'Amérique latine, derrière Haïti. 20 % des enfants y sont atteints de malnutrition, 40 % souffrent d'anémie ; jusqu'à 70 % dans la région de Modesta où on a faim trois mois de l'année appelés "mois de jeûne", de mai à août, en attendant la récolte des céréales. Mais, affirme avec vigueur la petite femme, cette année, elle se sent bien. Rien à voir avec les précédentes où elle tombait de fatigue dès le matin. D'ailleurs, toute la famille (quatre générations de femmes) est en forme. Et même la petite dernière, le bébé d'Adelina, sa fille, âgée de sept mois, n'a encore jamais été malade ! Du jamais-vu !

Modesta est catégorique. La clef du prodige, c'est "l'extrait", cette poudre verte recommandée par une association que tous les membres de la famille Sanchez prennent quotidiennement depuis un an. C'est à elle qu'ils doivent leur énergie retrouvée.

Il nous faut revenir en arrière. Jusqu'à un soir, il y a quelques années, au Forum d'Agen où se retrouvent, chaque mois d'octobre, ces acteurs de l'humanitaire que sont les ONG de solidarité internationale. Ce soir-là (le dernier, qui réunit rituellement les participants pour la remise des prix et dotations autour d'un dîner de clôture), il y a donc, comme d'habitude, des tables rondes et, à côté de chaque couvert, une friandise qui - surprise - n'est pas un pruneau mais un truc vert, lyophilisé, de la taille d'un sucre. Une curiosité qui donne, en bouche, l'insolite - et un peu suave - impression de mâcher du gazon. Et, de fait, la notice explicative glissée sous cette gâterie pour herbivores précise qu'il s'agit là d'un extrait de luzerne aux vertus nutritionnelles aussi exceptionnelles que méconnues.

Une association, l'APEF (pour la promotion des extraits foliaires) s'est même constituée pour les faire connaître, dont le président-fondateur, Jacques Subtil, est présent et prêt à répondre à toute question. L'homme est affable et, à l'écouter, l'extrait foliaire de luzerne fait vraiment des merveilles : 10 g par jour administrés à un enfant de 10 kg couvriraient 300 % de ses besoins en vitamine A, 100 % de ses besoins en fer, 40 % de ses besoins en vitamine E, 30 % de ses besoins en calcium, 20 % de ses besoins en protéines. Il ne nous demande pas de le croire sur parole (il semble rôdé à l'idée d'être pris pour un allumé) mais juste un peu de curiosité pour aller constater par nous-mêmes, rencontrer, par exemple, au Nicaragua Luci Morren, qui, depuis plus de dix ans, distribue l'extrait foliaire aux enfants souffrant de malnutrition, aux femmes enceintes, aux mères allaitantes, à tous ceux, enfin, que creusent le manque et la fatigue, avec des résultats plus que probants.

Et voilà qui explique notre présence dans l'humble maison de Modesta, au côté de qui se tient Luci, ni vraiment plus grande ni vraiment plus épaisse qu'elle, l'apôtre-pourvoyeuse de la poudre verte au Nicaragua, regard souriant derrière ses lunettes et respirant elle aussi l'énergie. Soixante-deux ans, d'origine belge (côté flamand), religieuse [...] très atypique : un électron libre détaché de sa communauté depuis plus de trente ans. Une indépendante, voire rebelle, mais farouchement fidèle à l'essentiel de sa vocation : le service des plus pauvres. Elle est arrivée au Nicaragua le 5 novembre 1979, trois mois après la prise de pouvoir par les Sandinistes. Avec un groupe d'amis, tous écologistes d'avant l'heure, pour faire à leur tour la révolution, mais nutritionnelle : promouvoir cette arme contre la malnutrition qu'est le soja, formidable source de protéines végétales, aptes à remplacer les protéines de la viande, trop chère pour les plus pauvres. Son credo d'alors n'a pas varié d'un pouce. Il sous-tend son action depuis vingt-deux ans, vient de lui valoir une médaille de la FAO et peut se résumer ainsi : pas de développement possible sans une santé assurée par une bonne nutrition.

"Comment oser parler de développement à des gens qui sont faibles, souffrent en permanence de ces violents maux de tête caractéristiques des états de malnutrition, à l'arrière du crâne, et qui n'ont même pas la force d'agir ? s'enflamme-t-elle. Et comment espérer que les choses changent un jour si les enfants de ce pays continuent de souffrir de retards physiques et mentaux dus à des carences alimentaires ?" Dès son arrivée, Luci a enrôlé toutes les femmes disponibles pour leur apprendre à cultiver le soja et à le cuisiner. A Managua, puis dans le nord, elle a formé des conseillères en nutrition qu'elle a lancées dans les barrios (quartiers) à la recherche des femmes enceintes ou allaitantes, des enfants souffrant de malnutrition. Elle a ouvert des cantines-écoles de cuisine afin que les éducatrices puissent former à leur tour d'autres femmes, des centres préscolaires où surveiller le développement des enfants. Il y avait belle lurette que ses amis s'étaient lassés, finalement dispersés quand elle a fondé, en 1989, seule, sa propre association Soynica (soja de Nicaragua). C'est à peu près à ce moment-là qu'elle a découvert l'extrait foliaire. [...]

Dès qu'elle apprend l'existence de l'extrait foliaire fabriqué en France (en 1995), Luci passe commande. Avec la poudre verte toute prête, c'est beaucoup plus simple [Luci avait essayé d'en fabriquer sur place mais son prix de revient s'était très vite révélé beaucoup trop élevé]. Il suffit de l'introduire dans les réseaux communautaires de santé et de nutrition créés pour le soja, d'en confier la promotion aux conseillères nutritionnelles qui quadrillent les barrios (quartiers) à la recherche des populations les plus vulnérables, de le mélanger d'office à la boisson énergétique servie à deux mille enfants chaque matin dans les trente centres préscolaires ouverts par Soynica à Managua et dans le nord du pays. Et d'attendre les résultats. Ça fait sept ans qu'ils arrivent en masse, sous forme de témoignages semblables à celui de Modesta, où il est question de diverses maladies envolées et d'énergie retrouvée. "Pourtant, souligne Luci, il ne s'agit pas d'un aliment énergétique, à proprement parler. Il n'empêche que je vois les gens changer. Généralement après deux à trois mois d'usage quotidien."

Luci n'est pas la seule à constater les effets positifs de l'extrait foliaire, même si, avec plus de neuf tonnes consommées depuis sept ans (l'extrait est donné gratuitement par France-Luzerne, les frais d'envoi étant à la charge de l'APEF), le Nicaragua offre actuellement le plus grand champ d'expérimentation, dans le monde, des bienfaits de la luzerne sur la santé humaine. En Roumanie, où il a été testé dès 1994 auprès de personnes âgées, en Chine, où, depuis 1996, des recherches sont effectuées sur des adolescents et adultes, en Equateur, au Mexique et dans divers pays d'Afrique, avec le soutien de l'Ordre de Malte et du Rotary, les mêmes témoignages affluent. Mais c'est subjectif, un témoignage. Ça n'a pas de valeur scientifique. Toutes les études précédemment menées par Soynica, avant et après la prise d'extrait foliaire, montrent une diminution significative des anémies (jusqu'à 72 % selon  un contrôle sanguin effectué en 1999 sur 240 enfants anémiques), un gain de poids et de taille, une augmentation du taux d'hémoglobine dans le sang. Mais il s'agissait d'études non nominatives, menées sur une population légèrement instable, dont les résultats ne peuvent donc pas être pris en ligne de compte.

Cette année, l'association a lancé dans le nord, avec l'accord du ministère de la Santé qui en assure le côté médical, une étude comparative sur soixante femmes enceintes dont vingt prennent de l'extrait foliaire, vingt du sulfate de fer et vingt rien du tout, avec un contrôle régulier par analyse de sang et contrôle du poids du bébé à la naissance.

Car il faut convaincre. Pour un prix de revient de 4,57 € (30 F) environ par enfant et par an, l'extrait foliaire pourrait concerner près de deux milliards d'individus qui souffrent de malnutrition par carence (et non calorique) aux conséquences dramatiques (la carence en vitamine A fait cinq cent mille enfants aveugles par an. Elle est souvent à l'origine de diarrhées qui tuent quatre millions d'enfants de moins de cinq ans chaque année. Par ailleurs, cinq cent millions d'enfants souffrent d'une carence en fer qui affecte leur développement physique et mental). Des chiffres qui devraient pousser la communauté scientifique et les grands organismes chargés de la santé et de la nutrition à plus d'intérêt que le mol attentisme qu'ils réservent depuis des années aux extraits foliaires. Parce qu'ils ne mettent pas de grands intérêts financiers en jeu ? Tout ce temps perdu contre lequel se bat, au Nicaragua, une petite femme pleine de foi et d'énergie."

Larges extraits d'un article de Annick Lacroix intitulé "Luci Morren et l'herbe de vie au Nicaragua" et paru dans le magazine "Madame Figaro" du 22/09/01

APEF, Nozet, 51230 Connantre. Tél. : 03 26 81 75 05.
Email jacques.subtil@wanadoo.fr et
soynica@sdnnic.org.ni (en anglais ou en espagnol)
www.nutrition-luzerne.org

Notre commentaire : voici un article, qui nous a très vivement intéressés et que nous souhaitons vraiment faire connaître.

Tout d'abord, parce qu'il attire notre attention sur l'état actuel   de notre planète, où des millions d'enfants, d'adolescents et d'adultes souffrent, aujourd'hui encore, dans leurs corps, des conséquences d'une alimentation insuffisante (sousnutrition) et/ou déséquilibrée (malnutrition).

Mais aussi, parce qu'il met en évidence les conséquences indirectes des insuffisances et des déséquilibres alimentaires, qui empêchent les populations concernées de se développer et les maintiennent dans une pauvreté sans fin.

Enfin, parce qu'il montre que nous pouvons déjà lutter efficacement contre ces insuffisances et ces déséquilibres (1) - et aider les personnes concernées à sortir du cercle vicieux de la pauvreté et de la malnutrition - , pour peu que nous le souhaitions vraiment et que nous nous organisions en conséquence (2). A condition toutefois que les pistes présentées ici soient largement connues... ce qui dépend, une fois encore, de chacune et de chacun d'entre nous !

(1) par exemple, ainsi que le montre cet article, par la promotion du soja, par l'utilisation d'extraits de luzerne et la création de réseaux communautaires de santé et de nutrition... 

(2) par exemple, ainsi que le montre cet article, par l'apprentissage de la culture et de la cuisine du soja, par le recrutement et la formation de conseillères nutritionnelles, par  l'ouverture de cantines-écoles de cuisine afin que les éducatrices puissent former à leur tour d'autres femmes, par la création de centres préscolaires où surveiller le développement des enfants...

Ajouté le 25/03/04
 

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