Eveil citoyen

 

 

 

Accueil

 

Pistes domaine économie

 

 

 

Trajectoires 
Pistes 
Sites 
Livres 
Films 
Adresses 
Contact 

 

 

 

 

 

Rétablissement finances publiques
 

 [Précédent][Parent][Suivant]

A une époque où l'Europe est confrontée à de graves difficultés économiques, nous nous permettons de relayer ci-après un article esquissant une piste, selon nous intéressante, qui faciliterait un réel rétablissement des finances publiques tout en évitant les risques de récession liés à des cures d'austérité trop importantes (*) .

"La Réserve fédérale a secrètement prêté aux banques en difficulté la somme de 1 200 milliards au taux incroyablement bas de 0,01 %.REUTERS/BRENDAN MCDERMID

Ce sont des chiffres incroyables. On savait déjà que, fin 2008, George Bush et Henry Paulson avaient mis sur la table 700 milliards de dollars (540 milliards d'euros) pour sauver les banques américaines. Une somme colossale. Mais un juge américain a récemment donné raison aux journalistes de Bloomberg qui demandaient à leur banque centrale d'être transparente sur l'aide qu'elle avait apportée elle-même au système bancaire.

Après avoir épluché 20 000 pages de documents divers, Bloomberg montre que la Réserve fédérale a secrètement prêté aux banques en difficulté la somme de 1 200 milliards au taux incroyablement bas de 0,01 %.

Au même moment, dans de nombreux pays, les peuples souffrent des plans d'austérité imposés par des gouvernements auxquels les marchés financiers n'acceptent plus de prêter quelques milliards à des taux d'intérêt inférieurs à 6, 7 ou 9 % ! Asphyxiés par de tels taux d'intérêt, les gouvernements sont "obligés" de bloquer les retraites, les allocations familiales ou les salaires des fonctionnaires et de couper dans les investissements, ce qui accroît le chômage et va nous faire plonger bientôt dans une récession très grave.

Est-il normal que, en cas de crise, les banques privées, qui se financent habituellement à 1 % auprès des banques centrales, puissent bénéficier de taux à 0,01 %, mais que, en cas de crise, certains Etats soient obligés au contraire de payer des taux 600 ou 800 fois plus élevés ? "Etre gouverné par l'argent organisé est aussi dangereux que par le crime organisé", affirmait Roosevelt. Il avait raison. Nous sommes en train de vivre une crise du capitalisme dérégulé qui peut être suicidaire pour notre civilisation. Comme l'écrivent Edgar Morin et Stéphane Hessel dans Le Chemin de l'espérance (Fayard, 2011), nos sociétés doivent choisir : la métamorphose ou la mort ?

Allons-nous attendre qu'il soit trop tard pour ouvrir les yeux ? Allons-nous attendre qu'il soit trop tard pour comprendre la gravité de la crise et choisir ensemble la métamorphose, avant que nos sociétés ne se disloquent ? Nous n'avons pas la possibilité ici de développer les dix ou quinze réformes concrètes qui rendraient possible cette métamorphose. Nous voulons seulement montrer qu'il est possible de donner tort à Paul Krugman quand il explique que l'Europe s'enferme dans une "spirale de la mort". Comment donner de l'oxygène à nos finances publiques ? Comment agir sans modifier les traités, ce qui demandera des mois de travail et deviendra impossible si l'Europe est de plus en plus détestée par les peuples ?

Angela Merkel a raison de dire que rien ne doit encourager les gouvernements à continuer la fuite en avant. Mais l'essentiel des sommes que nos Etats empruntent sur les marchés financiers concerne des dettes anciennes. En 2012, la France doit emprunter quelque 400 milliards : 100 milliards qui correspondent au déficit du budget (qui serait quasi nul si on annulait les baisses d'impôts octroyées depuis dix ans) et 300 milliards qui correspondent à de vieilles dettes, qui arrivent à échéance et que nous sommes incapables de rembourser si nous ne nous sommes pas réendettés pour les mêmes montants quelques heures avant de les rembourser.

Faire payer des taux d'intérêt colossaux pour des dettes accumulées il y a cinq ou dix ans ne participe pas à responsabiliser les gouvernements mais à asphyxier nos économies au seul profit de quelques banques privées : sous prétexte qu'il y a un risque, elles prêtent à des taux très élevés, tout en sachant qu'il n'y a sans doute aucun risque réel, puisque le Fonds européen de stabilité financière (FESF) est là pour garantir la solvabilité des Etats emprunteurs...

Il faut en finir avec le deux poids, deux mesures : en nous inspirant de ce qu'a fait la banque centrale américaine pour sauver le système financier, nous proposons que la "vieille dette" de nos Etats puisse être refinancée à des taux proches de 0 %.

Il n'est pas besoin de modifier les traités européens pour mettre en oeuvre cette idée : certes, la Banque centrale européenne (BCE) n'est pas autorisée à prêter aux Etats membres, mais elle peut prêter sans limite aux organismes publics de crédit (article 21.3 du statut du système européen des banques centrales) et aux organisations internationales (article 23 du même statut). Elle peut donc prêter à 0,01 % à la Banque européenne d'investissement (BEI) ou à la Caisse des dépôts, qui, elles, peuvent prêter à 0,02 % aux Etats qui s'endettent pour rembourser leurs vieilles dettes.

Rien n'empêche de mettre en place de tels financements dès janvier ! On ne le dit pas assez : le budget de l'Italie présente un excédent primaire. Il serait donc à l'équilibre si l'Italie ne devait pas payer des frais financiers de plus en plus élevés. Faut-il laisser l'Italie sombrer dans la récession et la crise politique, ou faut-il accepter de mettre fin aux rentes des banques privées ? La réponse devrait être évidente pour qui agit en faveur du bien commun.

Le rôle que les traités donnent à la BCE est de veiller à la stabilité des prix. Comment peut-elle rester sans réagir quand certains pays voient le prix de leurs bons du Trésor doubler ou tripler en quelques mois ? La BCE doit aussi veiller à la stabilité de nos économies. Comment peut-elle rester sans agir quand le prix de la dette menace de nous faire tomber dans une récession "plus grave que celle de 1930", d'après le gouverneur de la Banque d'Angleterre ?

Si l'on s'en tient aux traités, rien n'interdit à la BCE d'agir avec force pour faire baisser le prix de la dette. Non seulement rien ne lui interdit d'agir, mais tout l'incite à le faire. Si la BCE est fidèle aux traités, elle doit tout faire pour que diminue le prix de la dette publique. De l'avis général, c'est l'inflation la plus inquiétante !

En 1989, après la chute du Mur, il a suffi d'un mois à Helmut Kohl, François Mitterrand et aux autres chefs d'Etat européens pour décider de créer la monnaie unique. Après quatre ans de crise, qu'attendent encore nos dirigeants pour donner de l'oxygène à nos finances publiques ? Le mécanisme que nous proposons pourrait s'appliquer immédiatement, aussi bien pour diminuer le coût de la dette ancienne que pour financer des investissements fondamentaux pour notre avenir, comme un plan européen d'économie d'énergie.

Ceux qui demandent la négociation d'un nouveau traité européen ont raison : avec les pays qui le veulent, il faut construire une Europe politique, capable d'agir sur la mondialisation ; une Europe vraiment démocratique comme le proposaient déjà Wolfgang Schäuble et Karl Lamers en 1994 ou Joschka Fischer en 2000. Il faut un traité de convergence sociale et une vraie gouvernance économique.

Tout cela est indispensable. Mais aucun nouveau traité ne pourra être adopté si notre continent s'enfonce dans une "spirale de la mort" et que les citoyens en viennent à détester tout ce qui vient de Bruxelles. L'urgence est d'envoyer aux peuples un signal très clair : l'Europe n'est pas aux mains des lobbies financiers. Elle est au service des citoyens."

Article de Michel Rocard, ancien premier ministre, et Pierre Larrouturou, économiste, paru dans l'édition du 03.01.12 du  journal Le Monde sous le titre "Pourquoi faut-il que les Etats payent 600 fois plus que les banques ?"

Article format PDF

(*) Les risques liés à des politiques d'austérité trop poussées peuvent, par exemple, être illustrés par l'étude du cas de la Grèce où les multiples plans d'austérité mis en oeuvre depuis quatre ans ont entraîné non seulement une nette dégradation des conditions de vie des jeunes, des fonctionnaires, des salariés du privé, des retraités... mais aussi quatre ans de récession et une forte aggravation de la dette qui a quasiment doublé depuis 2007 !

Eléments tirés de l'article intitulé "La zone euro n'est pas tirée d'affaire" paru dans le magazine "Alternatives Economiques" de janvier 2012"

Ajouté le 05/01/12

En écoutant la chronique "l'éco du jour" diffusée sur France Inter le 26/01/12, j'ai appris que George Soros, financier américain ayant passé sa vie à spéculer sur les devises, préconisait également que la BCE prête des milliards d'euros au taux réduit de 1% directement aux états européens en difficulté sans passer par les banques (*), sous peine de voir ce qui se passe actuellement en Hongrie, pays en crise gagné par le populisme et l'autoritarisme, s'étendre à toute l'Europe.

Remarque personnelle : Pour éviter que l'octroi de tels prêts ne dissuade des états de faire les efforts nécessaires au rétablissement de leurs finances publiques, il serait par exemple possible d'expliquer aux états concernés qu'ils ne pourront continuer à bénéficier de taux aussi attractifs les années suivantes que si leurs finances s'améliorent de façon manifeste d'ici là. Globalement une telle démarche me semblerait particulièrement utile pour éviter de demander plus à court terme à des états déjà en difficulté et briser la spirale "augmentation des déficits => augmentation des taux d'intérêts => augmentation des déficits suite à l'accroissement du poids de la dette et à l'adoption de plans d'austérité entraînant baisse de l'activité économique et diminution des rentrées fiscales..." tout en incitant ces états à procéder à une réelle remise en ordre de leurs finances publiques.

(*) En décembre 2011, la BCE a prêté près de 500 milliards d'euros à trois ans à des banques européennes au taux amical de 1%. En juin 2009, la BCE avait déjà prêté près de 450 milliards d'euros à un an. Mais la BCE n'a pour l'instant rien prêté aux états en difficulté... alors qu'il lui serait possible de les aider sans révision des traités ainsi que le montrent Michel Rocard et Pierre Larrouturou dans l'article repris plus haut.

Ajouté le 30/01/12

 [Précédent][Parent][Suivant]

 

 

 

 

 

 

 


www.eveilcitoyen.org